MEMORANDUM Tout au long des 1400 ans de leur histoire, les Sorabes de Lusace ont dû subir des brimades et des interdictions à caractère nationaliste et chauvin, ainsi que les conséquences d'une politique d'extraction minière extensive, dont ont été victimes plus de cent villages depuis 1924. En fin de compte, ils ont survécu à la main mise du «socialisme réel» de la RDA à la fois en s'adaptant et en résistant. L'assimilation et la germanisation n'ont cessé de réduire leur nombre. La réunification allemande et l'élargissement de l'Union européenne ont représenté de nouvelles chances. Les Sorabes constituent un peuple autochtone reconnu par la République Fédérale d'Allemagne et revendiquent la protection et la promotion de leur identité. Néanmoins, le sorabe avec ses deux langues slaves littéraires occidentales est menacé dans son existence, la culture sorabe, qui a pu depuis la Réforme se développer et atteindre un haut niveau, se trouve en péril au sein d‘une Allemagne qui jouit des libertés démocratiques. À la base de cette situation se trouve un financement de la Fondation pour le peuple sorabe en constante diminution, situation qui ne cesse de s'aggraver par suite d'un désengagement progressif du gouvernement fédéral. Un conflit non résolu opposant la Fédération et les Länder de Saxe et du Brandebourg quant à la répartition du financement pèse sur la politique des minorités en Allemagne. Ce conflit a empêché jusqu'à présent la conclusion d'un accord financier qui devait entrer en vigueur en janvier 2008. La Fondation pour le Peuple sorabe a été créée en 1991 ensemble par la Fédération, la Saxe et le Brandebourg afin de maintenir des institutions sorabes originales tant sur le plan culturel, éducatif que scientifique et de permettre le travail de prospective nécessaire. Il s'agissait de présenter et de développer l'art, la culture et les traditions sorabes de manière à renforcer efficacement une coexistence faite de tolérance entre Sorabes et Allemands. Les trois parties contractantes n'ont cessé de faire part ouvertement de leur volonté d'assurer la promotion de la langue et de la culture sorabes, récemment encore lors du 15 e anniversaire de la Fondation en novembre 2006. En dépit de toutes les manifestations de sympathie, les institutions professionnelles et les associations sorabes reconnues se trouvent au début de 2008 devant un problème grave: un financement rétroactif compromet l'exécution des tâches les plus indispensables dans le domaine de la langue, de la culture et de la science et met ainsi en péril l'avenir du peuple sorabe. Pour l'année 2008, la Fondation pour le Peuple sorabe ne dispose plus, il s'en faut, des moyens permettant de faire face aux objectifs de la Fondation: il faudrait en effet un minimum de 16,4 millions d'euros avec réajustement annuel en fonction de l'évolution des coûts. Il apparaît incompréhensible qu'un pays ouvert au monde comme l'est la République Fédérale, qui soutient et a ratifié tous les critères européens des droits des minorités, ne sache à ce point faire ce qu'il faut pour la promotion du peuple sorabe. Très préoccupés par les conditions d'existence de la nation sorabe, tous ceux qui incarnent encore l'identité sorabe, leurs institutions culturelles et scientifiques, leurs associations et leurs sympathisants adressent un appel aux personnalités responsables de la République Fédérale d'Allemagne ainsi qu'aux Länder de Saxe et de Brandebourg, afin que soit assuré à la Fondation pour le Peuple sorabe un soutien approprié, durable, inscrit dans les textes et indexé annuellement sur les prix. Nous appelons l'opinion allemande et internationale à intervenir auprès du gouvernement fédéral afin que la Fondation puisse toujours à l'avenir exercer son activité dans l'intérêt de la minorité autochtone de Lusace. Nous attendons de plus que le gouvernement et le Parlement fédéral, les gouvernements et les parlements de Dresde et Potsdam fixent clairement les compétences en matière de soutien financier assuré aux Sorabes d'Allemagne. Nous demandons aux responsables politiques de reconnaître enfin que le soutien des minorités nationales autochtones ne se réduit pas au seul soutien culturel défini par la compétence des Länder. Ce soutien est bien plutôt une affaire impliquant tout l'État et s'étendant à tous les domaines. Les Sorabes furent dans le passé persécutés et opprimés en Allemagne, car jugés inférieurs et dépourvus de culture ; la suppression aujourd'hui d'autres institutions éducatives, culturelles et scientifiques sorabes ou germano-sorabes condamnerait l'existence des Sorabes à la disparition progressive. Bautzen, février 2008
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